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Conseils

Tout savoir sur les ailerons ou dérives de stand up paddle

Christian Hermouet partage avec nous son expérience concernant la problématique de l’aileron ou dérive sur les planches de stand up paddle.

En préambule je voudrais préciser la chose suivante. Mon propos ne s’adresse pas, et ne concerne pas le coureur de haut niveau, et dieu sait si notre pays regorge de talents. Il s’adresse au « vulgaire », dont je suis. Je n’ai pas de légitimité sportive par mes résultats car je m’en contrefiche. Mon propos est celui d’un big kahuna confronté à ses limites et qui tout en cherchant à se dépasser veux se faciliter la vie. Néanmoins j’ai pratiqué la voile légère avec Loïc Peyron, j’ai fait du kayak de descente de rivière à petit niveau, j’ai navigué en planche à voile d2 à un très bon niveau. J’ai navigué à bon niveau en funboard speedcrossing dans les 80’s, je roule sur mes réalisations en Vtt et je conçois, avec l’écoute et l’aide bienveillante de Patrice Remoiville de 3Bay, mes sup UL. Dernière précision, personne ne me sponsorise, je ne réclame jamais de prix même si j’apprécie et accepte les gestes commerciaux. Bref les ailerons …

Tout savoir sur les ailerons ou dérives de stand up paddle

POIDS
Evacuons la question du poids. Entre les ailerons les plus lourds (300g) et les plus légers (150g) il y a donc 150g de différence (j’ai pesé des dizaines d’ailerons). Sur un Sup en mouvement de 15kg de planche (avec le leash et le pad mouillé), 500g de pagaie et 70kg de rameur, cette différence de poids représente 0,001%. Négligeable, d’autant plus que cette pièce n’est pas en mouvement comme la pagaie. Comme en vélo, il vaut mieux gagner du poids sur les roues (pièces en mouvements) que sur la selle ou le guidon (pièces inertes). Encore mieux : maigrissez !

RESISTANCE
Venons-en on a la résistance, au frottement donc. Si on ressent immédiatement une algue ou des feuilles accrochées a l’aileron, quand il est libre de toute entrave il faut m’expliquer comment on ressent une différence significative entre les profils en comparaison de la surface mouillée d’un flotteur, même sur une 12,6×21. Encore une fois j’admets qu’un top gun puisse ressentir une différence mais elle est objectivement minime pour le commun.

EMPLACEMENT
Une notion souvent négligée. La plupart des planches comportent un emplacement sur l’arrière, autour de 30cm du tail. C’est excellent en beach race, bon en downwind. Plus problématique dans tous les autres cas. Entre mes expérimentations et mes discussions avec des rameurs de kayak en ligne, je conclue qu’il faut impérativement avancer les ailerons. En effet, plus la distance entre les centres de poussée (aileron et rameur) est grande plus la planche est molle (qui a tendance à partir sous le vent), ce qui est problématique travers ou une planche ardente (qui a tendance à remonter au vent) est préférable. Sur une 12.6 ou une 14 une distance d’au moins 50cm me semble idéale. Sur mes Unlimited boards (16.4) c’est 90cm. Sur une 18 je mettrais le rail a 1m de la poupe. Bref en avançant l’aileron vous aurez une meilleure stabilité directionnelle et vous tiendrez mieux le travers, même si une dérive est préférable. On me rétorquera que le stand up paddle viens du surf et l’argument est recevable, mais j’ai tendance à regarder ce qui se fait ailleurs, on y trouve souvent un regard neuf et de bonne idées. A contrario on perd un peu de réactivité en downwind.

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MONTAGE
Single ? Tri fins ? Double ? Tri fins aligné ou type surf ? Ventral fin ? Aileron relevable ?
– L’aileron relevable est à utiliser uniquement en descente de rivière. C’est l’arme fatale, pas de casse, on passe dans 10cm d’eau, on relève manuellement quand on prend des herbes. Je l’utilise sur ma Idusi (une 17 gonflable de rivière) et je l’incorpore dans ma nouvelle 16.4. Je me demande bien pourquoi cela ne se généralise pas sur les sup grand public.
– Le ventral fin est un montage utilisé par Larry Allison avec un tri fins sur le même plan et grandes dérives latérales. Il s’agit d’un tout petit aileron place 70cm devant la position de rame. C’est censé apporter stabilité en déplacement et être neutre en phase surf. Je n’ai pas essayé et n’ai donc pas de religion sur le sujet. On trouve ce montage en série sur les Blackfish Infinity.
– Le double est excellent en rivière mais pas essaye en mer. Permet de naviguer dans peu d’eau, suffisamment stable. Vu sur une planche de Pierre de la Monneraye il y a quelques années.
– Trifin décalé est un montage très polyvalent. Il faut bien doser les profils, outlines et surfaces, et surtout ne pas pincer les latéraux. La résistance a l’avancement supplémentaire est négligeable. Supplément de stabilité appréciable en downwind et sur les vagues de péniche en rivière. Ne pénalise pas la maniabilité ou très peu. Dans mes montages les latéraux sont toujours plus petit et devant le central au contraire du montage Larry Allison. Vu sur une Fanatic modifiée de Amaury Dormet il y a quelques années.
– Single est le montage classique, sans tare ni génie, je ne l’utilise plus. Le gouvernail (ou rudder, ça fait plus fun). Popularisé par Sic Maui, et récemment excellemment modernisé (système fast). Utilisé par quasiment tout le monde sur les UL. Je ne suis absolument pas fan de ce système même si je reconnais que c’est théoriquement l’idéal pour diriger une UL. Pourquoi ? Parce que c’est utiliser en mer un système qui demeure fragile et donc susceptible de casse. Parce qu’il condamne au profil et a l’emplacement unique. Et surtout parce qu’il n’est absolument d’aucune aide pour la tenue a la mer. A contrario cela permet une bonne maniabilité bien que je n’ai jamais ressentie d’impossibilité manouvrière sur mes UL.

PROFIL
J’ai essayé des dizaines d’ailerons. Je les classe en 5 grandes familles : Les ailerons de downwind, les ailerons de flat, les rudder (gouvernail), les polyvalents, les spéciaux.
– Rudder. Souvent des profils de downwind peu profonds. C’est droit, suspendu, ça prend tout ce qui traine. C’est fragile. A fuir.
– Downwind. Des profils plutôt droits, profonds (10 et au delà), parfois avec cut away, pas très larges. Le Select Traker, le FCS Spitfire, Futures Downwind, le Neyra Fins pivot. J’adore ces ailerons en mer ouverte. C’est stable, réactif, mais gare aux ofni. Le Spitfire est pour moi le plus aboutis. Les profils type tracker sont plus techniques car très peu de corde. Sur plan d’eau encombré j’utilise le Neyra fins pivot 10, un peu plus large et incliné.
– Flat. Des profils très inclinés, peu profonds (7/8) avec cut away. Le Select Keel, le Futures Runner, le Neyra fins keel. J’utilise le Neyra fins keel en rivière en hiver. Sécurisant et stable malgré la faible profondeur, antiweed.
– Spéciaux. On retrouve une forme qui m’a surpris quand Neyra fins m’en a adressé un exemplaire pour essais et qu’on retrouve chez Futures avec le Manta. Ça viendrait du prone. Je n’utilise quasiment plus que ce modèle en rivière. Très large en base, peu profond (7), pas de surface en tête. Un double cut away en tête et en base. Bluffant car stable et maniable tout en étant très peu profond et très incliné. Vu sur les planches Focus à Hawaii. Autre modèle, les Hatchet avec une base très fine, beaucoup de surface en tête. J’ai utilisé ce type d’aileron il y a 3 ans mais je ne les utilise plus car j’aime désormais avoir plus de surface en base.
– Polyvalents. Des profils très variés. Entre 9 et 10. Le Select Sprint, le FCS Danny Ching, le FCSE Éric Terrien, le FCS Slater Trout, le FCS Alama, le Futures Prone et j’en oublie. Le Danny Ching est plébiscité à juste titre, bon partout, mauvais nulle part, un modelé de polyvalence. Je lui préfère malgré tout le Select Sprint a l’équilibre souverain et a l’incomparable qualité de fabrication. Bons échos du Futures Prone depuis Tahiti.
– Latéraux. J’utilise des profils très incliné, avec cut away. Taille M en rivière et L en mer.

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SURFACE
Le discours dominant est qu’il ne s’exerce que peu de pression sur les ailerons du fait des petites vitesses ou l’on navigue et du peu de puissance du moteur (le rameur et sa pagaie). On en arrive au fameux aileron utilisé par Kay Lenny. Totalement ridicule, ceux qui l’on acheté en parleront mieux que moi, et pas en bien. Bref pour le commun des mortels, qui ne possède pas la technique de rame de mon maitre (Gaétan Séné), une surface relativement importante est un plus, d’autant que le supplément de trainée est encore une fois négligeable.

FABRICATION
Parlons en justement car c’est un sujet qui fâche. Je mettrais en tête Select (g10) et Neyra fins (fibre). Ensuite je suis plus réservé sur la qualité des FCS et Futures.

EMBASE
Encore un sujet qui fâche. Il est parfaitement anormal qu’en 2018 on en soit encore au rail US, système obsolète qui génère de la trainée. On se retrouve avec un discours pseudo technique sur les carènes (on en parlera…), la trainée des ailerons et on place un bon gros générateur de trainée pile ou il ne faut pas. Il existe pourtant un système a reprendre sur les funboard, utilise par Nahskwell, et cohérent avec l’objectif de suppression des turbulences. Et qu’on ne vienne pas m’avancer l’argument du réglage comme avantage compétitif, même si encore et toujours les top guns doivent surement ressentir une différence avec des réglages différents. Le concepteur doit positionner l’aileron a l’emplacement optimal pour le programme de la planche.

CONCLUSION
Après des dizaines de profils essayés (je n’ai pas parlé de tous les modèles), certains existants en plusieurs tailles j’en suis arrivé à plusieurs conclusions valables pour le vulgaire qui souhaiterais un seul aileron a tout faire. Un emplacement plutôt avancé, une profondeur de 10, un profil moyennement incliné avec une surface relativement uniformément répartie, une fabrication en g10 ou fibre pleine. Ça donne le pivot 10 de Neyra fins. Une excellente alternative, le Select sprint L. Un souhait, l’option tri fins en série sur toutes les planches. Heureusement vous pouvez soit vous faire construire un custom, soit faire modifier votre planche de série.

Merci Christian d’avoir partagé avec nous ton expérience et tes tests.

Sup Addict
Gong Stand up paddle

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